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Neurostimulation : Quand, pour qui, pour quoi ?

L’électrostimulation, dont découle la neurostimulation, ouvre un large champ d’applications parmi lesquelles la rééducation musculaire apparaît comme la plus populaire. Les sportifs amateurs et professionnels ajustent leur préparation ou facilitent leur récupération via des impulsions électriques qui stimulent les muscles et permettent également de renforcer la masse musculaire dans le but d’accompagner une rééducation post traumatique, voire post-opératoire. L’autre bénéfice important de l’électrothérapie concerne son impact sur le système nerveux et sa capacité à soulager les douleurs de tout type. Contrairement aux apparences, son principe emprunté à celui de l’électricité précède de très loin les premières expériences de Thomas Edison. En effet, dès l’Antiquité, les médecins grecs se servaient des poissons torpilles et de leur organe électrique pour soulager les diverses douleurs de leurs concitoyens. Mais c’est plus récemment, dans les années 60, que la théorie du « Gate control » jettera les premières bases de la neurostimulation. Outre la douleur, cette pratique permet également de réduire les troubles de l’incontinence et aurait un impact bénéfique sur le cerveau, en particulier dans le cadre de pathologies neurologiques comme Parkinson.
 

 


Soulager les douleurs neuropathiques par neurostimulation


Principe de la douleur

Selon l’IASP, l’association internationale d’étude de la Douleur, la douleur est définie comme « une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite en terme d’une telle lésion ». Elle se manifeste physiologiquement sous la forme d’un message nerveux qui indique à l’organisme la présence d’un traumatisme et l’invite à réagir rapidement afin de le résorber. D’après les recherches entreprises au milieu des années 60 par le psychologue québécois Ronald Melzack et le neurologue anglais Patrick Wall, elle participerait d’un double mouvement regroupant à la fois la perception et la régulation. Tout commencerait, en effet, avec la stimulation lésionnelle d’un nocicepteur, un récepteur cutané, qui initierait le message nerveux de la douleur et le propulserait le long des voies nerveuses ascendantes, à savoir les voies qui relient la périphérie au cortex cérébral, via la moelle épinière. Dans le même temps, les fibres nerveuses adjacentes du tact de plus gros calibre (et plus rapides) stimuleraient un neurone destiné à inhiber puis éteindre ce message douloureux avant qu’il n’atteigne le cerveau. Désignée sous le terme de « Gate control » ou portillon en français, cette théorie forme l’un des fondements même de la neurostimulation telle qu’elle est appliquée de nos jours.

Protéiforme, la douleur répond à un certain nombre de dysfonctionnements qui ne sont pas toujours d’ordre lésionnel ou cutané. Elle peut-être, en effet, due à une inflammation, une maladie ou à des céphalées comme la migraine notamment. Dans ces cas précis, elle peut s’avérer plus difficile à cibler et à combattre. D’une manière générale, on la classe selon deux grandes catégories, aiguë ou chronique.
 

Douleur aiguë

La douleur aiguë correspond à la forme la plus basique et la plus fréquente. Le plus souvent, elle fait suite à une lésion, un choc traumatique ou thermique dont elle propage le stimulus comme un message d’alerte. Elle est vive, immédiate et relativement brève, selon la gravité de la blessure et de l’importance du nombre de nocicepteurs touchés. Elle se régule d’elle-même mais peut être aidée par des solutions antalgiques comme des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), des opiacés faibles et forts (morphine) ou encore la cryothérapie (poche thermique). Elle se manifeste également lors de céphalées temporaires liées à une hypertension, un trouble digestif ou de la fatigue passagère, notamment ophtalmique après une longue journée devant les écrans numériques. Du repos, une bonne hydratation et un antalgique suffisent bien souvent à soulager le patient.
 

Douleur chronique

Plus complexe et difficile à cerner, la douleur est dite chronique lorsque sa sensation perdure au-delà de 3 mois et se manifeste de façon récurrente. Elle s’affranchit de son rôle symptomatique et devient une maladie à part entière. Elle se décline selon trois types :
    La douleur chronique inflammatoire, nommée aussi nociceptive, est causée par une inflammation persistante des nocicepteurs. Elle caractérise généralement des cancers ou des pathologies plus bénignes, mais non moins handicapantes, comme l’arthrose.
    La douleur neuropathique concerne le système somato-sensoriel et affecte les nerfs périphériques de la moelle épinière. Le plus généralement, elle fait suite à des pathologies qui ont endommagé le système nerveux comme un cancer, par exemple, ou encore un accident cardio-vasculaire, voire le diabète. Elle est aussi manifeste d’un membre amputé dont les sensations perdurent même après l’ablation. On parle alors de douleurs fantômes. Ses symptômes passent par des fourmillements, une hypersensibilité au toucher, des paresthésies et de l’engourdissement douloureux.
    La douleur psychogène, enfin, demeure bien plus mystérieuse. Elle n’est reliée à aucune lésion apparente et serait plutôt d’ordre psychologique.
 

Traitement par neurostimulation

Parmi les nombreux traitements possibles de la douleur chronique, le neurostimulation électrique transcutanée (TENS) a le mérite d’être douce et non invasive. Elle consiste à l’apposition d’électrodes sur la peau, reliées à un électrostimulateur qui envoie des impulsions électriques dans l’organisme. Cette technique reprend le principe du Gate Control de Melzack et Wall en stimulant les nerfs du toucher dans le but de parasiter le message de douleur et en fermant le « portillon » qui donne accès à la moelle épinière et au cortex cérébral. Elle aurait aussi le pouvoir de stimuler la production des antalgiques endogènes du corps que sont les endorphines, les enképhalines et les dynorphines. Cette deuxième hypothèse est néanmoins plus difficile à prouver. L’intensité du courant électrique impulsé par un électrostimulateur TENS classique varie entre 10mA et 30mA afin qu’il reste imperceptible, ou quasiment, et qu’il ne provoque aucune gêne collatérale au patient. Sa fréquence est aussi paramétrable, en fonction du type de douleur et de sa force. Les électrodes fonctionnent par paires et se placent sur la peau, soit près de la zone douloureuse, soit sur le trajet du nerf concerné. Grâce à la miniaturisation constante des appareils électroniques, la plupart des électrostimulateurs sont désormais portables et utilisables à tout moment en toute discrétion. Ils ont en effet la taille d’un baladeur et se paramètrent très facilement pour un soulagement immédiat quelque soit l’endroit et l’activité. Cela dit, un premier étalonnage assisté par un spécialiste est bien évidemment recommandé.

Pour les cas les plus graves et difficiles à traiter, la neurostimulation percutanée sera plus efficace. Elle reprend le même principe sauf que les électrodes ont fait place à des aiguilles insérées directement dans le nerfs à travers la peau, de manière chirurgicale si nécessaire.



 

Rééducation périnéale par électrostimulation


Les urines sont « fabriquées » au moment du passage du sang dans les reins, après un long cheminement dédié à la récupération des différentes substances cataboliques déversées par l’organisme. Ces toxines sont ensuite dirigées vers la vessie pour y être stockées temporairement. Puis, grâce aux systèmes sympathique et parasympathiques innervant la vessie, celle-ci envoie un message au cerveau quand elle est pleine qui lui répond par l’actionnement simultané du muscle détrusor qui va la comprimer et des sphincters qui vont s’écarter afin d’assurer la vidange des urines vers l’extérieur du corps. L’incontinence désigne un dysfonctionnement de l’appareil urinaire qui provoque des fuites d’urines incontrôlées. Causée par de nombreux facteurs, ce trouble est bien souvent lié à un affaiblissement musculaire des sphincters suite à un traumatisme ou une lésion d’une partie du système végétatif.
 

Grossesse et périnée

Véritable plancher du tronc, le périnée est un muscle en forme de losange situé sous l’appareil urinaire, les voies génitales et digestives qui assure la rétention des organes autant chez l’homme que chez la femme. Toutefois, cette dernière est particulièrement touchée par des troubles du périnée suite à la grossesse puis l’accouchement qui sollicitent intensément le muscle au point de lui faire perdre sa force de contraction. Dans certains cas, une épisiotomie, c’est à dire une légère incision du périnée, est nécessaire au passage de l’enfant. Là encore, le muscle perd de son élasticité naturelle et occasionne des douleurs en position assise. Pour toutes ces raison, les femmes fraîchement accouchées peuvent subir une légère incontinence qui peut vite s’aggraver si elles n’entament pas une rééducation de leur périnée. D’autre part, un mauvais contrôle de leur muscle peut perturber les rapports sexuels présents et futurs ainsi que favoriser avec l’âge la descente d’organes. Il est donc primordial d’en prendre soin et de lui redonner son tonus.
 

Rééducation par électrostimulation

Outre les exercices de musculations effectuées lors de séances de kinésithérapie ou à domicile, l’électrostimulation apporte une solution efficace, par l’intermédiaire d’une sonde vaginale. Munie d’électrodes, cet équipement s’introduit directement dans le vagin et s’applique sur ses parois internes afin de stimuler, par impulsions électriques, les muscles du périnée. On appelle cette pratique le Biofeedback instrumental. En fonction de la fréquence paramétrée au départ, la sonde permettra ainsi de réaliser un renforcement musculaire ou de soulager les éventuelles douleurs post-accouchement. Des sondes anales sont aussi disponibles pour la rééducation du périnée chez les hommes.
 

Neuromodulation sacrée

Dans le cas où les exercices de musculation et l’utilisation de la sonde s’avèrent insuffisants dans le traitement de l’incontinence urinaire, mais aussi fécale, une autre technique est disponible et concerne plus encore le champ de l’électrostimulation. Il s’agit de la neuromodulation sacrée. Cette pratique tire son nom des racines nerveuses de la moelle épinière situées juste sous le coccyx. Invasive, cette pratique implique l’implantation sous anesthésie générale ou locale d’un boîtier neurostimulateur à la manière d’un pacemaker et relié à des électrodes sous cutanées qui prennent la forme d’aiguilles insérées dans plusieurs racines sacrées. Cette opération est systématiquement précédée d’une phase de test afin de vérifier que le dispositif a bien un impact positif sur l’incontinence. Cette phase permet également d’ajuster spécifiquement les paramètres du neuromodulateur afin de déterminer l’intensité la plus basse occasionnant une réponse anale. Par la suite, un boîtier externe permet au patient d’éteindre, d’allumer et de varier l’intensité à l’aide de boutons dédiés et ainsi ajuster la configuration à tout moment, en fonction de ses activités ou de l’environnement : position du corps lors de la conduite, temps orageux susceptibles de parasiter le signal électrique, etc.

 

Neurostimulation cérébrale


Tour de contrôle de l’activité électrique de corps, le cerveau reste encore aujourd’hui très mystérieux aux yeux des scientifiques quant à son fonctionnement. Et si les premières expériences par électrochocs au début du XXème siècle sont particulièrement sujettes à la controverse et pointées du doigt par la grande majorité de la communauté scientifique, de récentes recherches font état d’un impact bénéfique de l’impulsion de décharges électriques de faible intensité sur les douleurs neuropathiques, les petits dysfonctionnements comme les troubles obsessionnels compulsifs ou encore sur l’humeur générale d’un patient, notamment lors d’états dépressifs sérieux. Par ailleurs, le traitement par électrochocs est toujours d’actualité mais s’effectue désormais sous anesthésie.
 

Neuromodulation transcranienne

Non invasive, la TMS (Transcranial Magnetic Stimulation) consiste à créer un champ magnétique pulsé à proximité du crâne afin d’influer sur une zone corticale précise. Cette technique permet de moduler l’activité des neurones et plus précisément ceux dont le rôle est de transmettre le message douloureux. Elle est ainsi indiquée dans le traitement des neuropathies et des douleurs chroniques.
 

Neuromodulation transcrannienne à courant direct

Une autre technique voisine, intitulée stimulation transcranienne à courant direct (tDCS), permet de restaurer le principe d’inhibition interhémisphérique nécessaire au bon fonctionnement du cerveau. Composé de deux hémisphères, ce dernier attribue des tâches particulières à chacun d’eux au cours de l’apprentissage. Si le langage est plutôt spécifique au lobe gauche, la reconnaissance faciale est prise en charge par le droit. Aussi, afin de limiter au maximum la confusion, des inter-neurones, situés dans l’hémisphère opposé aux neurones excitateurs avec lesquels ils sont reliés assurent l’inhibition de l’hémisphère non concerné par la tâche. Ce réseau complexe et fondamental assure ainsi le fonctionnement cognitif du cerveau. La tDCS utilise ainsi deux électrodes fixées sur le crâne, au niveau de chacun des hémisphères, qui induisent un courant ne dépassant pas les 1 ou 2 mA pour une séance d’une trentaine de minutes environ. Cette pratique aurait ainsi des effets bénéfiques sur certains troubles psychologiques, du langage ainsi que moteurs. Elle aurait aussi le pouvoir de soulager les douleurs et la fatigue liées à la sclérose en plaques.
 

Stimulation cérébrale profonde

Beaucoup plus invasive, la stimulation cérébrale profonde passe par une opération chirurgicale afin d’implanter des électrodes en forme d’aiguilles à l’intérieur même du cerveau, dans certaines zones spécifiques comme le thalamus, le noyau sous-thalamique ou le globus pallidus. Mise au point au cours des 80 et 90, cette méthode permet à la fois d’inhiber et d’exciter l’activité des neurones et de favoriser la sécrétion du glutamate et de l’adénosine, des substances primordiales à la neurotransmission. Elle est notamment utilisée dans le cadre d’un traitement de la maladie de Parkinson, de tremblements, de dystonie. Toutefois, du fait de risques infectieux et de lésions cérébrales, elle n’est généralement prescrite qu’en dernier recours, aux patients résistants aux traitements médicaux.



L’être humain, à l’image d’une grande partie des être vivants, est un être électrique. Il doit son évolution à son système nerveux qui, depuis le cerveau jusqu’au nerf le plus infime, parcourt notre corps et lui apporte sa motricité et sa capacité d’apprentissage et d’interaction avec le monde. Mais comme toute machine, quelle que soit sa perfection, elle est parfois soumise à des dysfonctionnements qui mettent à mal sa structure et active son obsolescence plus ou moins programmée. En effet, si la dégénérescence naturelle des cellules amenuisent progressivement les capacités générales de l’organisme, certains traumatismes ou pathologies sont autant de grains de sable qui enrayent la mécanique organique. Mais c’était sans compter les progrès de la science et de la médecine. Depuis plus d’un siècle, elle met, en effet, à contribution la découverte de l’électricité dans la mise en place de nouvelles méthodes de stimulation destinées à compenser les carences d’un système nerveux lésé. Et bien que notre connaissance du fonctionnement du cerveau soit encore lacunaire, de nombreuses expériences médicales sont parvenues à des résultats probants.